Dès le début de l’épidémie du VIH, des obstacles injustifiés ont été imposés aux personnes vivant avec le VIH qui souhaitent entrer dans des pays à titre de visiteurs, immigrants ou réfugiés. Plusieurs pays restreignent d’une manière ou d’une autre les voyages, au motif de la séropositivité; certains refusent l’entrée sur leur territoire aux personnes séropositives, pour toute raison ou durée. De telles restrictions de déplacements prennent généralement la forme d’une loi ou d’une politique en vertu de laquelle les gens doivent démontrer qu’ils n’ont pas le VIH, en passant un test de dépistage, en présentant un certificat de séronégativité ou simplement en déclarant leur état sérologique avant d’entrer dans un pays ou en demandant l’autorisation d’y rester. Ces obstacles sont souvent discriminatoires et ils perpétuent et renforcent la stigmatisation dont sont déjà l’objet les immigrants et réfugiés ainsi que les personnes vivant avec le VIH/sida et les personnes de pays en développement.
Les États qui érigent des obstacles à l’entrée des personnes vivant avec le VIH invoquent la protection de la santé publique et l’évitement de coûts pouvant résulter des soins, des traitements et du soutien à l’intention des personnes vivant avec le VIH. Or le VIH ne se transmet pas par contact banal. C’est pourquoi les Nations Unies ont affirmé qu’il n’y a pas d’argument de santé publique justifiant de restreindre la liberté de circulation ou le choix de lieu de résidence au motif de la séropositivité au VIH. Des mesures restrictives peuvent même aller à l’encontre de l’intérêt de la santé publique, puisque l’exclusion des étrangers séropositifs risque de dissuader des gens (résidents ou non) de recourir à des services de prévention ou de soins, pour le VIH. De plus, les restrictions de voyage risquent de faire en sorte que le public ait la fausse impression que le VIH est un « problème extérieur » que l’on résout en excluant les étrangers de notre territoire, et qu’en conséquence certaines personnes ne croient plus nécessaire d’appliquer les moyens adéquats pour se protéger elles-mêmes du VIH.
Les inquiétudes quant au coût pour le régime public de soins de santé révèlent souvent de la discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH/sida. Toutefois, peu importe qu’elles aient le VIH, un cancer ou toute autre affection chronique, toutes les personnes ont la capacité de faire d’importantes contributions à la société dans laquelle elles vivent – des contributions qui peuvent dans bien des cas surpasser les coûts des soins médicaux dont elles peuvent avoir besoin. En particulier, si elles ont accès à des soins, des traitements et des services de soutien appropriés, les personnes vivant avec le VIH/sida peuvent désormais avoir une vie professionnelle productive et longue, contrairement à l’impression qui sous-tend l’argument économique invoqué pour justifié des restrictions généralisatrices.
Si des personnes vivant avec le VIH sont persécutées dans leur pays, ou si elles souhaitent aller vivre auprès de membres de leur famille, les considérations humanitaires et le droit international devraient contraindre les États à les accueillir, et c’est souvent le cas. Les personnes vivant avec le VIH/sida ne devraient pas être assujetties à des restrictions discriminatoires ou injustifiées, au chapitre de la liberté de circulation. Dans Le VIH/sida et les droits de l’homme – Directives internationales, l’ONUSIDA et le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme indiquent que toute restriction à la liberté de circulation ou au choix de résidence, qui serait fondée uniquement sur la séropositivité au VIH, réelle ou présumée, est discriminatoire, y compris l’imposition du dépistage du VIH aux voyageurs internationaux. Dans Statement on HIV/AIDS-related travel restrictions [Énoncé sur les restrictions de voyage liées au VIH/sida], l’ONUSIDA et l’Organisation internationale pour les migrations ont signalé que les restrictions de voyage qui se fondent sur le VIH ne sont pas justifiées par des motifs de santé publique ou des raisons économiques, et que le fait d’exclure en bloc les personnes vivant avec le VIH exacerbe la stigmatisation et la discrimination.
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